15 avril 2005
Technolangue.net
L’information : le groupe américain EMC2, leader mondial des solutions de gestion de contenu et d’archivage numérique (8,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires) a finalisé le 16 mars le rachat de la technologie askOnce 3.0, de Xerox. Développé par les équipes du centre de recherche de Meylan, askOnce est une solution d’intégration des sources internes et externes, quelle que soit leur nature (e-mails, documents internes, etc.) et leur langue. AskOnce permet en une seule requête formulée en langage naturel de repérer les documents pertinents indépendamment de leur langue. Ce rachat a été conduit par Documentum, filiale de EMC2, spécialisée dans les solutions d’ECM (« Enterprise Content Management »).
L’analyse de la Dépêche Technolangue : le rachat de la technologie askOnce, développée par les équipes de recherche de Xerox basées en France appelle deux remarques. La première est l’intérêt de plus en plus marqué des sociétés centrées sur la gestion des contenus en entreprise pour les technologies linguistiques. Avec 8,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2004 et 871 millions de dollars de résultat net, EMC2 est le leader mondial incontesté (même s’il est peu connu en Europe) des solutions et services de gestion et d’archivage de contenus numérisés. De simples logiques d’organisation d’entrepôts de documents, les solutions et services proposés par EMC2 ont évolué ces dernières années vers l’intégration d’une plus grande valeur ajoutée, sous le signe de l’ « Enterprise Content Management ». En rachetant en décembre 2003 Documentum, EMC2, qui a racheté 20 éditeurs de solutions logicielles depuis 2000, s’était adjugé l’une des grandes enseignes de l’ECM ; Documentum présentant de plus l’avantage d’être bien implanté tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Documentum à son tour, en rachetant askOnce signale l’importance des technologies linguistiques dans les développements récents en matière d’ECM. Si Documentum intégrait bien dans son offre d’outils un moteur de recherche de seconde génération (comparable, par exemple, aux outils Verity), la composante linguistique y restait peu développée. Le rachat de askOnce va permettre à Documentum d’accélérer sa maîtrise des technologies linguistiques et de se doter d’emblée d’un outil multilingue. La seconde remarque touche au désengagement apparent de Xerox (parallèle à celui d’IBM) de la recherche-développement sur les technologies linguistiques que semble concrétiser la cession de la technologie askOnce. Xerox, qui, à l’instar de Big Blue, avait été l’un des grands acteurs historiques de la R&D sur le traitement automatisé des langues, semble vouloir se concentrer sur des solutions moins pointues de production et de gestion de documents. askOnce 3.0 avait été distingué l’an dernier en France au salon i-Expo où il avait reçu le prix de l’infologiel de l’année. En décernant ses lauriers à ce produit issu des laboratoires de recherche européens de Xerox basés près de Grenoble, le jury des prix i-Expo rompait avec la tradition. Il est en effet très rare qu’une "major" comme Xerox soit primée. Cette entorse à la tradition s’expliquait doublement : ce prix marquait à la fois une reconnaissance de l’importance renouvelée des technologies linguistiques dans le traitement de l’information et se voulait un coup de chapeau à l’excellence de la recherche française en la matière. En effet, si askOnce était un produit (et une business unit) de Xerox Group, ce sont des équipes françaises qui sont à l’origine de ce développement. La communication de EMC2/Documentum n’indique pas le prix du rachat de askOnce. Il ne précise pas non plus si le nouvel actionnaire conservera en France le pôle de compétences qui avait développé cette technologie.
Michel Vajou